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Articles - Rencontre d'ATTAC, trois questions
Vendredi 28 mai, l'association ATTAC organisait à Mont-Marsan une rencontre-débat sur l'Europe. Les principales listes candidates aux élections européennes dans le Sud-Ouest étaient représentées. La liste UMP était représentée par Marie Apathie, Maire-Adjoint de Dax et candidate en douzième position. Voici les réponses apportées par notre représentante aux trois questions de la première partie.

Question 1 : les institutions européennes telles qu'elles sont actuellement ou telles qu'elles apparaissent dans le Projet de Traité constitutionnel vous paraissent-elles suffisamment démocratique ?

Les institutions européennes prennent la forme d'un triangle (« le triangle institutionnel ») dont voici les trois arêtes :
-   le Conseil des ministre et le Conseil européen (chef d'Etats et de gouvernements). Ces deux institutions représentent les intérêts des Etats. Leurs représentants sont élus au suffrage universel direct, dans le cadre d'élections parlementaires ou présidentielles. Cette arête n'a pas de déficit de légitimité démocratique ;
-   le Parlement européen. Elu depuis 1979 au suffrage universel direct dans tous les Etats et le même jour, cette institution représente les intérêts des citoyens européens et incarne le cœur démocratique européen ;
-   la Commission européenne. Administration gardienne des Traités, elle est proposée dans sa composition par le Conseil européen et investie (ou non) par le Parlement européen. Elle puise sa légitimité démocratique de ces deux éléments. Le Président de la Commission européenne sera désormais choisi à l'issu des élections européennes et en fonction de leurs résultats. Nous pouvons donc considérer que l'Union européenne va rentrer avec la Constitution dans une logique plus parlementaire.

Les institutions européennes dans leur version actuelle comme dans la version rénovée de la Constitution ne souffrent pas d'un déficit démocratique, mais d'un redoutable problème de transparence, essentiellement localisé dans la première arête, celle du Conseil. Il est important de placer les bons « mots »sur les bons « maux » : ce n'est pas la démocratie qui est en cause, mais la transparence politique.
-   Le conseil des ministres comme le conseil européen fonctionne à l'abri des regards indiscrets de la presse et des citoyens. La Constitution change cela avec le caractère public de ces réunions. De même, en élargissant fortement le domaine du vote à la majorité qualifiée, l'unanimité étant par essence antidémocratique (si 1 ou 2 Etats, même petits comme Malte et Chypres peuvent bloquer les 23 autres !), la Constitution améliore le fonctionnement général ;
-   La sélection des commissaires européens et du premier d'entre eux est aujourd'hui particulièrement opaque. La Commission améliore cela en couplant le choix du Président de la Commission européenne avec le résultat des élections européennes. Il faut reconnaître que dans son mode de fonctionnement, la Commission européen est une administration plutôt ouverte au dialogue et transparente (comparée avec d'autres...).
-   Les élections européennes jusqu'à présent ne se faisaient que sur la base des partis politiques nationaux et de leurs agendas. Cela va changer grâce à la réglementation sur les partis politiques européens. De plus le Traité constitutionnel élargi les domaine de compétences de l'assemblée parlementaire (dans le domaine budgétaire notamment, sur les dépenses obligatoires).

La période fondatrice de la construction européenne qui pour des raisons historiques au lendemain de la guerre avait fait le choix de « dépolitiser » les actions pour « dénationaliser » les enjeux, est révolue. 50 ans de construction européenne font que les Européens peuvent enfin, après l'Euro (point d'aboutissement de l'Europe économique), commencer à faire ensemble de la politique. Les grandes crises internationales et la nécessité de repenser l'organisation politique du monde accélèrent cette démarche. Nous avons besoin d'un pouvoir politique européen. Or, « A chaque endroit où il y a du pouvoir, il doit toujours y avoir de la démocratie ». D'où l'outil politique constitutionnel. La proposition de la Convention modernise et améliore grandement le fonctionnement du triangle institutionnel. Ce dernier apparaît alors plus démocratique, plus efficace et surtout plus transparent. Le Parlement européen et ses parlementaires ont joué un grand rôle dans ce domaine, c'est ce qui rend importante cette institution et vital le rendez-vous du 13 juin prochain.

Question 2 : Dans le projet de Traité constitutionnel, l'article 1-3, relatif aux objectifs de l'Union, indique dans son alinéa 2 « l'Union offre à ses citoyens (...) un marché unique où la concurrence est libre et non faussée ». L'article III-55, dans son alinéa 2 soumet « les entreprises chargée de la gestion de service d'intérêt économique général (...) aux règles de concurrence ». Quant à l'article III-56, il précise que « les aides accordées par les Etats membres (...) qui faussent ou menacent de fausser la concurrence » « sont incompatible avec le marché intérieur ».
Que pensez-vous de tels articles et plus précisément, quelle place et quel statut réservez-vous dans la future Europe à ce que nous entendons en France par « service publics » ?

Les articles cités sont la reprise dans la troisième partie du projet de Traité constitutionnel, des règles qui existent depuis fort longtemps dans les différents traités européens. Ces articles ont notre soutien à l'UMP et n'ont jamais été l'objet d'une demande de remise en cause par aucun des gouvernements français, quelles que soient leurs couleurs politiques !

Par ailleurs, vous passez complètement sous silence des novations importantes de la Constitution :
-  L'article 1-3 sur les objectifs de l'Union : « L'Union œuvre pour le développement durable de l'Europe fondé sur une croissance économique équilibrée, une économie sociale de marché hautement compétitive, qui tend au plein emploi et au progrès social, et un niveau élevé de protection et d'amélioration de la qualité de l'environnement. Elle promeut le progrès scientifique et technique ». Cet article est très important parce qu'il modifie dans un sens plus politique et plus social les objectifs de l'Union par rapport aux traités antérieurs.
-  L'article III-6 sur les services d'intérêt économique général : « L'Union et ses Etats membres, chacun dans les limites de leurs compétences respectives et dans les limites du champ d'application de la Constitution, veillent à ce que ces services fonctionnent sur la base de principes et dans des conditions, notamment économiques et financières, qui leur permettent d'accomplir leurs missions. La loi européenne définit ces principes et ces conditions ». Ce sont les Français qui ont introduit cette disposition et les autres références qui instaurent « le principe de services publics européens ».

La concurrence n'est pas le diable. Elle n'est ni l'ennemi du consommateur européen, ni celui du service public. De plus les règles que vous citez dans votre question n'interdisent pas tout interventionnisme d'Etat comme le montre le cas d'Alstom et comme cela l'a été il y a quelques années pour Air France avec succès ou avec le Crédit Lyonnais dans la douleur). Pour ce qui est d'Alstom, le gouvernement français et Nicolas Sarkozy ont obtenu, outre le plan de sauvetage par recapitalisation, de pouvoir prendre un tiers du capital de l'entreprise avec l'accord de la Commission européenne. C'est la preuve que face à des cas concrets, le gouvernement français et la Commission européenne ne réagissent pas idéologiquement mais avec pragmatisme.

Pourquoi ces contraintes juridiques aux aides d'Etats ? Le droit européen impose de soumettre ces interventions financières à des règles communes pour éviter des distorsions de concurrence. C'est seulement un principe de bon sens qui veut que si nous appartenons à un même grand marché ce ne soit ni la loi de la jungle qui s'applique (chacun fait ce qu'il veut, y compris au détriment du voisin !), ni la loi du plus fort (et donc du plus riche !). De plus, ces règles de droit ne s'appliquent pas aux services publics régaliens (justice, défense, éducation, santé...), mais concerne certaines entreprises publiques françaises (non privatisées). Ce fut le cas d'Air France ou du Crédit lyonnais. Et c'est parfaitement normal ! Ces dernières intervenant dans un domaine concurrentiel où gravitent de nombreuses autres entreprises privées ou publiques, il s'agit d'éviter que l'Etat français en y investissant massivement ne puisse favoriser la compétitivité de ces entreprises nationales, à la fois sur son territoire nationale mais aussi sur les territoires d'autres Etats européens. De telles entreprises bénéficiant d'aides d'Etats massives délivreraient leurs services en position de force, dans l'ensemble du grand marché européen, et place les entreprises de nos partenaires en situation de grande fragilité devant cette concurrence déloyale. Ces règles protégent nos entreprises, il n'y a pas que la France qui peut avoir la tentation de subventionner des entreprises en secteur concurrentiel.

Il n'y a pas de « complot ultralibéral » derrière tout cela, simplement une règle de bon sens pour aménager le fonctionnement grand marché commun européen.

Question 3 : La règle de l'unanimité permet à certains Etats de maintenir des politiques sociales minimalistes, donnant aux autres Etats membres des prétextes pour tirer vers le bas leur propre politique dans ce domaine. Dans ces conditions, vous parait-il souhaitable, comme c'est le cas actuellement et comme l'envisage également le projet de Traité constitutionnel dans son article III-104, que la sécurité sociale et la protection sociale soient soumises à la règles de l'unanimité des Etats membres ? Plus généralement, l'Europe sociale est-elle pour vous une priorité ?

En règle générale, nous sommes contre le maintien de vote à l'unanimité dans le Traité constitutionnel car à 25 nous n'obtiendrons plus jamais l'unanimité sur rien !

Par ailleurs, nous ne partageons pas le constat de la question d'ATTAC : « La règle de l'unanimité permet à certains Etats de maintenir des politiques sociales minimalistes, donnant aux autres Etats membres des prétextes pour tirer vers le bas leur propre politique dans ce domaine ».

Il n'est pas exact selon nous de présenter l'évolution des politiques économiques et sociales en Europe sous l'angle « du recul » ces dernières années. A l'exception de la France et de l'Allemagne durement touchées par la « rupture de croissance » ces derniers temps, les autres Etats européens ont connu un très fort dynamisme économique engendrant une forte augmentation des revenus et du niveau de vie (voir en Irlande, en Espagne, au Portugal et en Grèce). Si nos partenaires européens ne sont pas demandeurs d'une politique sociale européenne intégrée, c'est bien parce qu'ils n'en voient majoritairement pas le besoin et qu'ils se satisfont fort bien de leur dynamisme économique et du progrès social qui en découle, suite aux réformes entreprises près de 10 ans avant nous. L'Europe sociale n'est pas la solution magique à nos maux. Le progrès social en France ne pourra découler, comme pour nos partenaires, que d'ambitieuses réformes de structures que nous n'avons pas eu le courage d'entreprendre plus tôt.

De plus dans le domaine social, l'Europe n'est pas complètement absente. Une politique de coordination des règles de droit social existe déjà (et n'est pas négligeable, notamment pour les travailleurs transfrontaliers). Il ne s'agit pas pour autant d'une politique d'harmonisation, les Etats ne semblent pas prêts pour cela, et ce quel que soit le mode de vote au Conseil des ministres. Cette absence de volonté d'établir une politique sociale européenne ne signifie pas pour autant que l'action de l'UE serait anti-sociale ni même que les Etats en profiteraient pour réduire leurs ambitions dans ce domaine. Les Etats conservent tout simplement le quasi monopôle de la politique sociale et ne sont pas prêts à l'envisager partagée avec le niveau communautaire, ce que l'on peut comprendre vu le degré de sensibilité de ces sujets.

A l'UMP, nous souhaitons encourager une « convergence » économique et sociale européenne pour redéfinir le modèle économique et social européen. Cela passe essentiellement par une meilleure coordination des politiques économiques et fiscales. Imposer les 35 heures à toute l'Europe ou proposer un SMIC européen n'a simplement pas de sens (l'ensemble de nos partenaires européens sont contre, y compris les socialistes non-français...) et nous éloigne de la vrai réflexion que nous devons avoir sur la notion de service public ou service d'intérêt général, clairement au cœur du modèle social européen et auquel nous pouvons donner une nouvelle vie en l'adaptant à l'échelle européenne.


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