Groupe PPE-DE

Quelques courriers

Courrier d'Adrien B. opposé à la corrida (26 janvier 2007)

Monsieur,

Je m'appelle Adrien, j'ai 17 ans et j'habite dans le sud de la France à Avignon.
Je me permets de vous écrire, car il y a quelques jours une déclaration a était prise par 4 députés Européens.
Cette déclaration interdirait les "spectacles" de corridas sur le territoire Européen.
Je trouve que torturer un animal pour la plaisir est totalement monstrueux et doit être interdit, c'est pour cette raison que je vous demande de signer cette déclaration, ce serait une immense avancée contre la maltraitance animal notamment celle du taureau.
J'aimerais bien recevoir une réponse de votre part concernant votre avis sur la corrida et sur votre choix concernant la déclaration.


Réponse d'Alain Lamassoure :


Cher Adrien,

Je te remercie de ton message.

Je ne signerai pas l’appel en question pour une raison majeure : le sujet – les courses de taureaux – n’entre pas dans la compétence de l’Union européenne fixée de manière précise par les traités. C’est à chaque pays de décider comme il l’entend. Si l’on ne respecte pas un tel principe, alors l’Europe va se mêler de tout : notre système de sécurité sociale, notre système éducatif etc.

Sur le fond, la polémique sur la corrida vient du choc de deux cultures, qui ne peuvent absolument pas se comprendre parce qu’elles ne parlent pas de la même chose. Pour beaucoup de ceux qui ne connaissent pas la culture espagnole, la corrida apparaît en effet comme une manière d’éprouver un plaisir sadique en torturant un animal. Pour un Espagnol, ou un « aficionado » (amateur de corrida, j’en fais partie), il s’agit au contraire d’un rite quasi religieux. Aucun de nous n’éprouve le moindre plaisir à voir souffrir et mourir le taureau. On recherche la communion dans l’approche du mystère de la mort, devant le combat d’un homme qui maîtrise sa peur et nargue la mort, en jouant sa vie devant les cornes d’un fauve. Après une corrida réussie, quand la bête tombe, chacun a l’impression d’avoir assisté à sa propre mort. C’est le spectacle le plus bouleversant auquel j’ai assisté de ma vie, et je puis t’assurer qu’il n’y entre aucune forme de sadisme. Parmi les nombreuses personnalités connus pour leur humanisme et appréciant la corrida figure, par exemple, un écologiste et grand défenseur des animaux tel que Noël Mamère.

J’ajoute qu’il s’agit, en Espagne, d’une tradition quasi millénaire : tous les villages espagnols ont été construits autour de la place centrale, aménagée pour le combat de taureaux, et ceux-ci sont produits dans des élevages spécialisés – sans la corrida, cette race d’aurochs quasi préhistorique aurait disparu depuis longtemps.

En France, nous avons depuis Napoléon III une loi intelligente, précisée en 1951, qui n’autorise la corrida que dans les villes où le spectacle a été organisé de façon ininterrompue. Il s’agit, en pratique, d’une quinzaine de villes moyennes du midi. Solution raisonnable et pragmatique, personne n’imaginant de monter des corridas à Poitiers, Strasbourg ou Lille.

Si le sujet t’intéresse, le meilleur ouvrage pour un non-initié fortement hostile me paraît être "Mort dans l’après-midi", écrit il y a un bon demi-siècle par le fameux romancier américain Ernest Hemingway.

Et si tu restes scandalisé, continue de défendre tes idées ! Mais là où la décision se prend : dans le cadre national, pas à Bruxelles.

Bien à toi.

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