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Interview publiée dans Sud Ouest, le 18 février 2012

Lamassoure croit encore en Sarkozywww.sudouest.fr

Le député européen UMP estime que la campagne vient seulement de débuter et que le président sortant a toujours ses chances.

Alain Lamassoure n’a pas perdu espoir. Il estime, en dépit des mauvais sondages, que la victoire de Nicolas Sarkozy est encore possible. Le député européen UMP du Sud-Ouest, ancien ministre du Budget et des Affaires européennes, était hier l’invité de « Sud Ouest ».

« Sud Ouest ». Nicolas Sarkozy a choisi une orientation plus à droite. Cela gêne-t-il le centriste que vous restez ?

“Alain Lamassoure. Ce n’est pas ce que je crains. Ce que nous devons éviter, c’est la transposition dans un débat moralisateur de sujets qui sont fondamentalement politiques, que la campagne dérape dans la désignation de boucs émissaires par exemple. La campagne présidentielle est un rendez-vous de la France avec elle-même. Est-elle prête à s’adapter au XXIe siècle ? Nous sommes condamnés à l’interdépendance avec nos partenaires européens et avec le reste de la planète. Voulons-nous participer à la construction de ce monde pour y défendre nos intérêts et nos valeurs ? Personnellement, je me consacrerai à cette grande question.

Nicolas Sarkozy a déjà proposé hier l’assouplissement du travail du dimanche. Vous y êtes favorable ?

L’interdiction du travail le dimanche a été décidée par l’empereur Constantin en 324 après Jésus-Christ. Il me semble que nous pouvons en rediscuter aujourd’hui. De manière générale, quand nous nous comparons avec les autres pays développés, la France est celui qui travaille le moins. Nous avons 11 semaines de congés payés. C’est d’ailleurs l’origine, avec la philosophie des 35 heures, de l’effondrement de notre commerce extérieur. Il est normal que l’on aille vers une législation plus souple.

Nicolas Sarkozy semble avoir évolué sur l’Europe, avoir compris que la France ne peut pas ignorer ses partenaires européens ?

L’histoire retiendra qu’il est le père du traité de Lisbonne. Il a été un formidable président du Conseil européen pendant les six mois cruciaux qui ont vu à la fois la guerre russo-géorgienne et la faillite de Lehman Brothers. Ce qu’il a réalisé une fois au pouvoir, et que tous les Français comprennent aujourd’hui, c’est que la sortie de la crise par le haut passera par le travail en commun de tous les Européens. Le président que les Français choisiront au mois de mai ne décidera plus tout seul à Paris mais avec ses partenaires à Bruxelles.

L’électorat populaire, qui subit la mondialisation et qu’il avait récupéré en 2007, ne semble plus le suivre ?

La crise se charge de faire de la pédagogie vis-à-vis de cet électorat. En termes de rapports de forces, l’UMP et l’électorat de droite sont plus unis dans ce domaine que la gauche, où le problème du non au référendum sur la Constitution européenne n’a jamais été purgé. Nicolas Sarkozy, dans son face-à-face avec Ségolène Royal, a dit qu’il ne soumettrait pas le nouveau traité européen à un référendum, ce qui n’a pas empêché l’électorat de droite de venir à lui.

Des candidats proposent justement de sortir de l’euro…

C’est le moment de montrer que l’euro est une providence et qu’on ne peut pas en sortir. Si on prenait la décision de casser la zone euro, les conséquences seraient tellement dramatiques que ce serait dix fois pire que toute autre solution. Beaucoup de nos compatriotes le comprennent aujourd’hui.

Cette campagne ne s’annonce- t-elle pas perdue d’avance, avec l’avance de François Hollande ?

Les seuls combats perdus d’avance sont ceux qu’on ne livre pas, et tout reste possible jusqu’au coup de sifflet final. En 1981, j’étais proche de Valéry Giscard d’Estaing et, à quatre mois de l’élection, les intentions de vote en sa faveur étaient encore de 60 %. La campagne n’a commencé en réalité que cette semaine.

Nicolas Sarkozy, qui semble exaspérer les Français, peut-il remonter son handicap ?

Il est vrai qu’il y a un problème de relations personnelles entre le président de la République et les Français. Nicolas Sarkozy n’a jamais suscité une très grande affection de la part des Français, mais seulement un enthousiasme et une adhésion.

Le pouvoir s’incarne dans la personne, et, chaque fois qu’il y a une crise, le mécontentement rejaillit sur elle.

Il a le devoir de rendre compte de son mandat et, sur ce socle, de proposer l’étape suivante. J’apprends qu’il s’apprête à le faire.

Mais deux mois de campagne sont-ils suffisants pour reprendre la main ?

Bien sûr. Les Français eux-mêmes assistaient à des joutes préparatoires sans trop écouter le contenu. Aujourd’hui, on voit bien qu’il n’y a que deux candidats crédibles, et cela se traduit déjà dans les sondages.

Vous ne voyez pas François Hollande en capitaine de pédalo ?

Il s’est produit ce que j’avais prévu publiquement devant le bureau politique de l’UMP en disant que le système des primaires allait fonctionner et permettre aux socialistes de choisir le meilleur candidat, qui aurait déjà une forme d’élan populaire. J’avais d’ailleurs proposé de désigner le candidat de l’UMP en organisant des primaires.

Entre François Bayrou et Nicolas Sarkozy, le cœur de l’ancien centriste ne balance pas ?

Je n’ai pas la moindre hésitation. François Bayrou est un homme que je respecte et un ami.

J’ai pris l’initiative d’un divorce politique douloureux en 2002 parce que je refusais un affrontement, vers lequel François Bayrou nous menait, avec la politique de Jacques Chirac, que je soutenais.”