Quelques enseignements de la primaire socialiste
Pari gagné. En mobilisant un nombre d’électeurs égal à toutes les voix qu’il avait obtenues lors des élections européennes de 2009 et à 60% de celles de Lionel Jospin à la présidentielle de 2002, le PS a initié un mode de participation démocratique qui s’imposera, à l’avenir, à tous les partis de gouvernement. Nous sommes désormais au XXIe siècle : les militants ne se contentent plus de l’honneur de coller des affiches et de faire la claque dans des meetings préfabriqués. Le vainqueur de la primaire en sort doté d’une légitimité qui dépasse son parti, et d’un élan que la confrontation limitée aux seuls apparatchiks n’avait pu donner à Ségolène Royal en 2007.
Chacun peut maintenant y trouver des enseignements utiles.
A commencer par l’UMP. Lorsqu’en avril dernier, j’avais mis en garde le Bureau politique contre la sous-estimation de la portée de l’exercice des primaires socialistes, et j’avais pronostiqué la mobilisation de « centaines de milliers, voire de millions » de participants, la hiérarchie du parti avait réagi par des sarcasmes. Responsabilisée par l’exercice du pouvoir, l’UMP a su épouser son siècle sur le contenu de son programme. Par contre, trop installée dans le confort de cet exercice, elle a aujourd’hui un sérieux approfondissement démocratique à faire dans son organisation et dans son fonctionnement interne. En revenant aux principes posés lors de sa fondation par Jacques Chirac et Alain Juppé en 2002, fortement rappelés par Nicolas Sarkozy en 2007 (« Je veux une UMP indocile ! »), et quelque peu oubliés depuis : toute légitimité démocratique doit venir d’en bas, tous les grands choix de personnes et de programme doivent être soumis au débat interne et au vote des adhérents, voire, désormais, des sympathisants du parti. La culture du chef infaillible, ça ne marche plus.
Sur le fond, l’UMP ne peut pas se contenter de faire de l’anti-socialisme primaire. De même que le PS n’a recommencé à intéresser les Français que le jour où il est sorti du seul anti-sarkozysme primaire, le parti majoritaire doit montrer en quoi sa vision de la France, de l’Europe et du monde est plus réaliste et crédible que le socialisme modèle 81 révisé 97 restée celle de la gauche. Laissons Arnaud Montebourg et Marine Le Pen surenchérir dans la chasse haineuse aux boucs émissaires, entre le méchant banquier apatride, le plombier polonais, l’ouvrier chinois ou l’immigré tunisien. Le mal français, il ne vient pas des autres, il doit être traité par nous et chez nous. C’est comme au foot ou au rugby : l’équipe de France n’a aucune chance de gagner si elle met ses échecs sur le compte des vents contraires, de l’adversaire dopé ou de l’arbitre vendu.
Mais à partir d’aujourd’hui, ce ne sont plus les partis qui sont en première ligne : la campagne présidentielle commence. Place aux candidats eux-mêmes ! Libéré de toute concurrence dans son propre camp, Nicolas Sarkozy se trouve dans l’obligation politique d’aborder sa campagne en deux phases successives.
Comme n’importe quel sortant candidat à sa propre succession, dans le moindre village, il doit d’abord faire son compte rendu de mandat. En 2007, il a été élu sur un programme extrêmement courageux et ambitieux : la « rupture ». Cinq ans après, où en est-on ? Les Français sont tout-à-fait prêts à comprendre que la crise a changé beaucoup de données : encore faut-il le leur expliquer. Les résultats des élections locales, comme les sondages, montrent depuis deux ans une défiance d’une partie de son électorat à l’égard de l’élu de 2007 : ce malentendu doit être purgé. Cela n’est possible que si le Président « revient en France », c’est-à-dire, au-delà des petites phrases lâchées lors de déplacements ponctuels en province, recommence à parler aux Français.
Dans un second temps, il faudra qu’il offre sa vision nouvelle et son projet nouveau pour 2012. Ayant magnifiquement réussi sur la scène internationale, il est le mieux placé pour montrer comment la France peut inspirer l’Europe et la réformer pour répondre aux défis de la mondialisation. Mais cette nécessaire séquence en deux temps s’accommoderait mal d’une campagne qui commencerait trop tard.
Quant à François Hollande, l’obstacle qu’il vient de franchir sans faute n’était pas le plus difficile. Il lui en reste trois. D’abord, rassembler maintenant au-delà du PS : on peut faire confiance aux Verts et à l’extrême-gauche pour commencer très vite la surenchère idéologique, engageant la machine à ringardiser. Ensuite, présenter sa vision et son projet personnels : c’est-à-dire oser faire les choix clairs qu’il a soigneusement éludés lors de cette première épreuve, en montrant qu’il est capable de s’abstraire du vieux logiciel marxiste qui a encore inspiré le dernier « projet socialiste ». Enfin, être capable de prendre le meilleur dans la confrontation d’homme à homme avec le redoutable bretteur qu’est Nicolas Sarkozy.
Que la fête, la grande fête démocratique, commence !
Alain LAMASSOURE, le 17 octobre 2011


